Football / CAN 2025 : Interrogations autour du non-paiement des frais de mission de la délégation gabonaise.


Il était déjà perceptible que les nouveaux responsables du ministère des Sports auraient à relever de nombreux défis pour imprimer leur marque dans la gouvernance d’un département historiquement dominé par les enjeux du football.

À peine installés, des informations concordantes, recueillies auprès de plusieurs sources proches du dossier, font état d’instructions qui auraient été données à l’agence comptable du ministère afin de suspendre le paiement des frais de mission des membres de la délégation gabonaise ayant effectué le déplacement au Maroc, dans le cadre de la 35eme édition de la CAN 2025, pour soutenir les Panthères du Gabon, éliminées dès le premier tour.

Selon les mêmes sources, cette décision susciterait incompréhension et malaise, d’autant plus qu’elle interviendrait dans un contexte marqué par la présence, sur le manifeste officiel, de certains présidents de ligues provinciales, considérés par une partie de l’opinion comme appartenant à l’électorat supposé du président sortant de la Fégafoot, Pierre-Alain Mounguengui.

Cette lecture a d’ailleurs été relayée dans l’espace public.

Lors de la retransmission du match Cameroun vs Gabon sur Gabon Première, l’honorable Pacôme Idyatha, consultant à l’antenne, a affirmé sans toutefois produire d’éléments matériels à l’appui  que : « les présidents de ligues provinciales présents au Maroc y étaient pour favoriser une pré-campagne électorale en faveur de Pierre-Alain Mounguengui ».

Une déclaration qui interroge, tant elle alimente le débat sur une possible confusion entre gestion administrative, considérations sportives et enjeux électoraux internes à la fédération.

Dès lors, une question légitime se pose : dans quelle mesure un ministre des Sports peut-il, directement ou indirectement, interférer dans un processus électoral relevant d’une fédération sportive autonome ?


Et surtout, une telle posture serait-elle conforme à l’esprit de neutralité institutionnelle attendu de l’autorité de tutelle ?

Les observateurs les plus avertis rappellent que le précédent de 2022, marqué par l’échec politique du ministre d’alors, Franck Nguéma, dans une tentative d’influence du scrutin fédéral, devrait servir de leçon à ceux qui seraient tentés de s’aventurer sur ce terrain glissant.

L’histoire récente du football gabonais démontre que les ingérences politiciennes, notamment celles observées sous le régime déchu d’Ali Bongo, n’ont pas toujours produit les effets escomptés.

Par ailleurs, vouloir aujourd’hui pénaliser certains présidents de ligues, en les privant de leurs droits financiers liés à une mission officielle, pourrait apparaître comme une maladresse stratégique, dans la mesure où ces mêmes acteurs constituent des électeurs potentiels dans un scrutin fédéral à venir.

D’autant plus que, selon des échanges informels rapportés par notre rédaction, un candidat déclaré à la présidence de la Fégafoot n’hésiterait pas à rappeler publiquement sa collaboration passée avec l’actuel ministre des Sports, à l’époque où ce dernier occupait des fonctions de Secrétaire général de l’ANFPG.

Le nom de Rémy Ebanéga aurait également été cité à plusieurs reprises dans cet entretien. On comprend de mieux en mieux.

Dans ces conditions, il est permis de s’interroger : est-il opportun, sur le plan institutionnel et éthique, de réserver un traitement différencié à des acteurs appelés, demain, à se prononcer dans un cadre électoral autonome ?

Autre élément majeur : le manifeste de la CAN 2025 ne concerne pas exclusivement des dirigeants sportifs.

Il inclut également des journalistes des médias publics (L’Union, Radio Gabon, Gabon Première) ainsi que des agents du ministère des Sports, tous impactés par le non-paiement des frais de mission.

Selon nos informations, cette situation serait désormais connue au plus haut niveau de l’État, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, suivant avec attention l’évolution de ce dossier, au regard des exigences de rigueur et de rupture avec les pratiques du passé.

Enfin, une interrogation de fond demeure : si des crédits de mission validés en commission venaient à être réaffectés ou exécutés de manière sélective, quelles en seraient les implications juridiques et administratives ?
Toujours selon nos sources, l’agence comptable aurait été sollicitée pour procéder à des paiements partiels, notamment en direction de certains prestataires, une démarche qu’elle aurait, par prudence, refusée afin de ne pas s’exposer à d’éventuelles irrégularités.

À ce stade, aucune conclusion définitive ne peut être tirée. Mais les faits rapportés justifient pleinement une alerte de l’opinion publique, dans un esprit de transparence, de responsabilité et de respect des règles de gestion des deniers publics.

Affaire à suivre.