Politique /Lettre ouverte à Réné par Philippe César Boutimba Dietha


Depuis que RENÉ NDEMEZO’O OBIANG, a annoncé son retour au PARTI DÉMOCRATIQUE GABONAIS, la classe politique est en ebulution avec des commentaires et analyses diversiffiées. La société civile nest pas en reste pour apporter sa contribution au debta. La derniere en date est celle du Reverand pasteur Philippe César Boutimba Dietha, originaire du Sud. Il sexprime en ces termes : Propos receuillis par Brice Ndoutoume Ndong
« Monsieur le Président,
Très cher Père,
Le membre du clergé que je suis est heureux, sans la moindre hypocrisie, que la repentance soit une vertu dans la vie d’un homme politique gabonais. Vous vous êtes repenti déjà deux fois: une fois devant le peuple gabonais en février 2015, et une fois devant le président de la république en 2021. Autant d’humilité sur la place publique n’est pas fréquent dans notre pays. Recevez donc mes plus vives félicitations, et mes sincères exhortations.
1. Tout le monde parle de vous, parce que vous n’êtes pas n’importe qui. J’ai constaté que depuis 1993, il est impossible de réussir une seule campagne présidentielle, sans avoir dans ses propres rangs, au moins une de ces trois personnalités: René Ndemezo’o Obiang, Maître Louis Gaston Mayila, et depuis 2009, Maître Séraphin Ndaot Rembogo. Ceux qui vous minimisent tous les trois pendant six longues années, défilent toujours vers chacun de vous lorsque la présidentielle approche. Parce que vous savez fédérer très au-delà de vos propres bases politiques. Nous avons tous vu en 2016 que les meetings de votre propre candidat ressemblaient à des kermesses populaires, à des messes politiques et à des référendums pré-électoraux. Sans distribuer un seul franc à qui que ce soit. Et ce n’est pas tout.
Après votre démission du PDG le 28 février 2015, le porte-parole de la présidence de la république gabonaise avait relayé les accusations de vos anciens camarades pédégistes, disant que pour la présidentielle 2009, vous auriez travaillé en souterrain pour le candidat AMO dans le Woleu Ntem. Ce qui à leurs yeux justifierait le score ahurissant obtenu par AMO dans le Grand Nord. Que ces accusations soient fondées ou pas, elles établissent un fait: le pouvoir exécutif reconnaissait là qu’il est impossible de gagner dans le G9 sans votre implication personnelle. On n’a pas besoin d’un meilleur compliment.
2. Bien sûr que vous venez de choquer la plupart des gabonais. Mais êtes-vous vraiment coupable? Nous disons que la réponse est non. Les nzèbi disent que le porc-épic ne sort jamais de sa piste. Vous qui êtes de la même tribu que mon défunt géniteur, et qui avez deux années de plus que lui, vous le savez un milliard de fois mieux que moi. Lorsqu’un porc-épic se sent menacé en forêt, il s’enfuit toujours en faisant des zigzags. La vérité c’est qu’il ne fait pas exprès. En effet, les zigzags du porc-épic ne viennent pas du porc-épic lui-même, mais des courbures de la piste que ses propres ancêtres ont tracée depuis des générations. Pour un seul but: échapper aux prédateurs. Le porc-épic politique que vous êtes aujourd’hui n’invente rien du tout. Vous suivez les traces de toutes les générations en amont.
Vous n’avez pas inventé ce que l’honorable Borobo Epembia détestait avec vigueur: la transhumance politique. Vous suivez les traces du président Léon Mba et Jean Hilaire Aubame, contre Paul Gondjout. Vous suivez la piste du président Omar Bongo et ses propres opposants politiques. Vous suivez les courbures du président Ali Bongo et certains de ses plus virulents contradicteurs.
Comment oublier cette sentence très éducative du docteur Séraphin Davin-Akure lors du premier septennat du président Ali: « Je rencontre Ali Bongo en pleine journée, pendant que d’autres le rencontrent dans la nuit ». Par le mot nuit, le médecin ORL évoquait les émissaires de l’opposition qui rencontrent ceux du pouvoir à huis clos. Ce qui donne raison à un autre proverbe nzèbi: « deux frères n’ont pas besoin de la lune pour se reconnaître dans le noir ». C’est pourquoi M. le Président, vos détracteurs n’ont pas tous raison. Les va-et-vient du PDG vers l’opposition, puis de l’opposition vers le PDG, ont été faits et refaits dans ce pays, et Madame
Sandrine Nguemebe
Endamane, 1ère vice-présidente du Parti Social Démocrate, l’a démontré avec pertinence.
3. Le problème dans votre propre contexte, Monsieur le Président, c’est à la fois la force de vos arguments, et la procédure que vous avez choisie pour effacer Démocratie Nouvelle de la scène publique. Pour créer ce parti politique, vous aviez tenu un congrès. Pourquoi ne pas avoir tenu un autre congrès pour la fusion-absorption au bénéficie du PDG?
Deuxièmement, j’ai personnellement apprécié votre réquisitoire contre le trop-plein de partis politiques au Gabon. En même temps je suis perplexe. Pourquoi avez-vous créé ce parti-là après avoir quitté le PDG? Pourquoi ne pas avoir rejoint un parti d’opposition déjà existant? Pourquoi avoir contribué à ce que vous n’aimez pas?
Troisièmement, il y a les raisons de votre démission. À l’époque vous mettiez en lumière: « les engagements non tenus face aux attentes légitimes des populations dans les domaines essentiels tels que l’éducation, la santé, le logement, la route, l’emploi, la vie chère ». Pourquoi ne pas avoir présenté un bilan d’appréciation de ce que le président de la République aurait réussi en votre absence, et qui a légitimé votre introspection d’aujourd’hui?
Monsieur le Président, je vous prie de recevoir l’expression de ma très profonde considération.
«